Résistance en Haute-Corrèze

En mai-juin 1940, l'armée allemande envahit les Pays-Bas, la Belgique et la France. Appliquant la tactique de la guerre éclaire, elle écrase l'armée française et le corps expéditionnaire britannique après de violents combats. Paris est occupé  le 14 juin tandis que le gouvernement se replie à Bordeaux dans la plus grande confusion. L'Armistice est signé à Rethondes le 22 et une ligne de démarcation sépare la France en deux zones principales.

Le nouveau gouvernement s'installe à Vichy dans la zone dite libre. Le 10 juillet 1940, le Maréchal Pétain obtient les pleins pouvoirs et s'engage dans une politique de collaboration avec l'Allemagne nazie. Pour relayer leurs actions et s'imposer, les nouvelles autorités révoquent les maires réticents ou hostiles. Ce sera le cas d'Henri Queille à Neuvic en juillet 1941.

Majoritairement, l'opinion voit dans le Maréchal un personnage providentiel. Mais, pour certains, l'esprit de résistance apparaît très rapidement… Ainsi, dès février 1941, le réseau Copernic s'installe à Ussel sous la direction de Robert Lancement. Le propre fils d'Henri Queuille, Pierre, rejoint le réseau. Cette structure est reprise au printemps 1942 par le réseau Alliance.

Le 14 juillet 1942, le panneau de la Légion des Volontaires Français de Neuvic est repeint aux couleurs de la France libre, premier acte contestataire d'une longue série. Dans les gorges de la Dordogne, les réseaux Copernic et Alliance aident militairement un maquis temporaire composé de républicains espagnols dès l'été 1941. Ils cachent également de nombreuses personnalités recherchées par les forces de police. A proximité d'Ussel, l'aérodrome de Thalamy permet quatre départs clandestins pour Londres.

Le 11 novembre 1942, en réaction au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, les Allemands franchissent la ligne de démarcation et occupent toute la France.

Le 16 février 1943, la loi créant le Service du Travail Obligatoire, le S.T.O., est promulguée. Les hommes nés entre 1920 et 1922 sont requis pour aller travailler en Allemagne. Des réfractaires se manifestent aussitôt, encouragés par les premiers résistants qui les cachent et les regroupent.

De nombreux camps maquis sont mis en place. Ils se déplacent souvent pour échapper aux dénonciations, ce qui n'empêche pas la traque et la répression.
En 1943, les forces vichystes attaquent le camp du Chambon le 15 juin et le camp de Chamalot le 15 août. Fin septembre, les troupes allemandes de La Courtine s'en prennent au camp des trois Faux. Pour spectaculaires qu'elles soient, ces opérations  répressives ne conduisent qu'à peu d'arrestations.
Image Maquis Sérandon

Après les attaques des camps durant l'été 1943, la Résistance  évite de créer d'importantes concentrations de combattants et choisit des lieux d'où l'on peut s'échapper facilement. La mobilité des maquisards tisse alors une toile d'insécurité permanente pour l'occupant.

Le débarquement du 6 juin 1944 accélère les événements. Le maquis de La Courtine obtient le passage dans ses rangs d'une unité des Groupes mobiles de Réserve, formation vichyste de maintien de l'ordre. La garnison de Marèges, est quant à elle encerclée par le maquis le 6 juin, avant d'être délivrée le 14 par une colonne allemande venue de Clermont-Ferrand. Les installations électriques et le barrage sont évacués sans aucun dégât. Enfin, le 10 juin, la garnison allemande d'Ussel massacre 47 maquisards devant l'École Primaire Supérieure.

Dès le début de l'été 1944, la Résistance se militarise et ses actions deviennent plus rationnelles. Ses objectifs sont les axes de communication et sa tactique la guérilla. Le 7 juillet, l'embuscade du Chavanon marque le début du harcèlement systématique des troupes allemandes. La Wehrmacht lance alors une opération de destruction des maquis confiée au général Jesser.

Du 9 au 17 juillet, 2500 soldats allemands entrent ainsi en Corrèze par Bort et ratissent la Haute Corrèze. Les risques de représailles engagent la Résistance à rester discrète. Un seul accrochage à lieu à Marcy où le hameau est incendié.

A partir du 26 juillet, une partie de la colonne Jesser investit à nouveau la Corrèze depuis la Creuse. Elle subit de nombreuses embuscades et les Tatars d'une compagnie allemande rejoignent la Résistance. La colonne se replie sur Clermont-Ferrand. Son passage est marqué par de nombreuses exécutions sommaires : 23 résistants tués à Chard ;
5 à Saint-Rémy ; 4 à Neuvic ; 6 le 1er août à Bourg-Lastic.

Les maquisards se battent désormais au grand jour. Les parachutages d'armes se multiplient. Les embuscades se généralisent. Début août, une unité allemande venant du Languedoc est attaquée sans répit et doit s'enfermer dans l'École Nationale professionnelle d'Égletons. A chaque sortie de reconnaissance, les patrouilles sont prises sous le feu de la Résistance : le 5 août sur la route de Lamazière ; le 8, à Soudeilles; le 9 à Rosiers d'Égletons.

Le 14 août, les Résistants attaquent la garnison allemande. Ils sont aidés par une unité française de parachutistes venant de Grande-Bretagne et lâchée près de Bonnefond. Durant trois jours, de violents combats opposent  300 Allemands à la Résistance. La Luftwaffe et la Royal Air Force participent également à cette bataille. Cependant les Allemands d'Egletons seront libérés par la colonne Jesser.

Dans le même temps, la garnison d'Ussel transforme l'EPS, actuel collège Voltaire, en camp retranché. Depuis début août, chaque patrouille est prise en embuscade. L'encerclement devient total. Le 13, l'inhumation de soldats allemands n'est possible qu'avec l'accord de la Résistance. Le 16,  la garnison est attaquée. Les tirs nourris et l'incendie du bâtiment obligent les Allemands à capituler sans conditions le 17 au matin.

Ce même jour, Jesser est de retour en Corrèze pour connaître le sort de la garnison de Tulle et évacuer les Allemands retranchés à Ussel et à Égletons.  Des embuscades ralentissent la progression des convois. Jesser débloque la garnison d'Égletons mais ne retrouve ni les prisonniers allemands d'Ussel ni ceux de Tulle. De nouvelles embuscades ralentissent son repli vers Clermont-Ferrand : à la côte des Gardes ; à la sortie de Saint-Angel ; à l'Empereur ; au Fraysse ; au Gardet.

La colonne Jesser met 5 heures pour couvrir la distance entre Egletons et Ussel qu'elle quitte en plusieurs convois. Dans la nuit du 21 au 22, Ussel est définitivement libérée. Les dernières troupes allemandes se voient constamment ralenties par de multiples embuscades : au Veinard ; à la barrière du Ciarneix ; à la côte 804 ; sur la route d'Aix.

Jesser évite les gorges du Chavanon et regagne le Puy-de-Dôme par des routes secondaires. Le dernier véhicule de l'armée allemande quitte la Corrèze le 22 août 1944.